26 mar

Ferhat Meheni, président du Mouvement pour l’autonomie de la Kabylie (MAK)

La Kabylie est en dissidence d’avec le pouvoir algérien, depuis que l’Algérie est indépendante. Ses rébellions ont souvent déstabilisé le pays. En 2001, lors d’une révolte ayant fait cent morts, le Mouvement pour l’autonomie de la Kabylie (MAK) a été créé afin de promouvoir l’autonomie régionale. France Soir a voulu donner la parole à son président, Ferhat Meheni, après la visite du président Sarkozy à Alger.

Quelle est votre action au sein du Mouvement pour l’autonomie de la Kabylie ?

Ferhat Meheni. J’ai été son porte-parole pendant dix ans et suis son président depuis le congrès du 14 août 2007. J’ai déjà payé un lourd tribut à ce combat démocratique qui m’a ravi mon fils aîné en juin 2004 à Paris, où il a été assassiné pour me faire payer ma revendication du droit du peuple kabyle à son existence. Je suis la cible permanente d’attaques de milieux proches du pouvoir et de l’islamisme ainsi que d’appels à l’arrestation et au meurtre. Des députés ont même interpellé le ministre de l’Intérieur sur son laxisme à mon égard.

Croyez-vous en l’indépendance de la Kabylie ou d’un autre Etat berbère ?

Je crois en l’inéluctabilité d’un Etat autonome kabyle. Tous les peuples berbères finiront par avoir leur Etat régional, au Maroc, en Algérie, en Tunisie, en Libye, au Niger et au Mali. Ils ne peuvent accepter que l’histoire coloniale leur interdise l’accession à une souveraineté, même limitée, dans des cadres d’autonomies régionales ou d’Etats fédéraux. Les peuples amazighs (berbères)* sont semblables à tous les peuples d’Afrique et d’Asie qui ont vu l’histoire coloniale leur fermer la porte de l’existence au nez.

Le fait d’avoir eu un Premier ministre algérien berbère a-t-il aidé à la reconnaissance de la langue berbère et à son enseignement en Algérie ?

Ahmed Ouyahia a été le 3e premier ministre algérien d’origine kabyle depuis l’indépendance. Comme ses prédécesseurs (Abdelkader Merbah de 1988 à 1989, Belaid Abdeslam de 1992 à 1993) et malgré ses deux passages au poste de chef de l’exécutif (2003-2006), Ouyahia a servi les intérêts du système arabisant et non le peuple kabyle dont il tait l’existence. Le salut de la Kabylie ne viendra que d’elle-même. Une fois la mission de réduire le mouvement de révolte kabyle terminée, Ouyahia, Kabyle de service, a été remplacé par quelqu’un répondant mieux aux critères d’arabo-islamisme du régime algérien.

Pourquoi les Berbères et les Kabyles en particulier sont-ils les cibles des islamistes ?

Les Kabyles ont empêché la république islamique en Algérie depuis 1992, ils sont maudits pour leur particularisme religieux fait de tolérance, de liberté de conscience et de laïcité. Ils sont pris pour des mécréants, quand ils ne sont pas traités de juifs. Ils ne sont pas moins croyants que les autres Algériens, mais leurs pratiques sont différentes. Sans vouloir ressusciter les clichés du colonialisme, le Kabyle est plus proche des valeurs de liberté, de démocratie et des droits de l’homme de l’Occident que de celles du fondamentalisme religieux. On lui reproche aussi à tort de trop se christianiser. Récemment, le pouvoir algérien ayant fait son deuil de dépersonnaliser la Kabylie, la donne en sous-traitance aux islamistes afin de réussir par la mosquée là où il a échoué par l’école : l’arabiser.

Comment expliquer l’assimilation que les islamistes font entre vous et les « Juifs » ?

L’attitude des islamistes et celle des dirigeants se rejoignent : dès lors que la Kabylie ne cadre pas avec leurs visions, elle est pour les uns l’ennemie de Dieu et pour les autres l’ennemi interne. Le rejet de leur unicité fait d’elle leur ennemi commun. C’est du racisme !

L’Algérie sortira-t-elle du terrorisme et de la guerre civile ? Vaincra-t-elle l’islamisme ?

Sûrement ! Mais nous en sommes encore très loin. Elle a raté sa guerre contre l’islamisme en n’en combattant que l’aspect terroriste. Or, son aspect politique est aussi essentiel que son expression violente. On a oublié que la violence physique est fille de la violence politique.

La loi de « Réconciliation nationale » a-t-elle porté ses fruits ?

Elle a transformé une défaite militaire de l’islamisme en victoire politique. Une réconciliation nationale ne devait pas exclure le rôle de la justice. On amnistie après jugement et non a posteriori. On pardonne à ceux qui regrettent leurs crimes et non à ceux qui les défendent mordicus comme étant leurs plus hauts faits d’armes. Le temps a donné tort à cette initiative. Deux ans après nous assistons, à la place de la paix, à une terrifiante mue du terrorisme islamiste qui a accédé en Algérie au stade des kamikazes et des attentats en série, avec à la clef, une affiliation à al Qaida de Ben Laden.

“Une expression de racisme révoltante” A propos du voyage du président Sarkozy en Algérie, Ferhat Meheni estime que le Président français n’a pas « toutes les cartes en main » et que « le peuple kabyle espère de lui un geste en faveur des peuples opprimés de la Méditerranée ». Concernant le projet d’Union méditerranéenne, celui-ci « n’a de sens que si l’UM n’est pas un énième syndicat d’Etats occultant les droits des personnes et des peuples sans Etat ». Sur les déclarations antisémites du ministre algérien des Anciens Combattants, accusant Sarkozy d’avoir été élu grâce au « lobby juif », Meheni dénonce une « expression de racisme révoltante ». « A un tel niveau de responsabilité, le fait que le ministre algérien n’ait pas été renvoyé relève ou de l’inconséquence de sa hiérarchie ou de sa caution », poursuit-il. Quant au malaise franco-algérien, Meheni estime qu’Alger ne supporte pas d’être « mis en rivalité avec les frères marocains », et reproche au Président français d’avoir appuyé la proposition marocaine d’autonomie régionale pour le Sahara occidental par parti pris ». Alger craindrait que « cette solution soit appuyée par la France en faveur de la Kabylie et de ses millions d’habitants ».

Lexique

Kabylie* : région d’Algérie (30.000 km2) s’étirant le long de la côte méditerranéenne sur 200 km. Issus du groupe berbère* (Amazighs), les Kabyles, sont 10 millions, dont 2 à Alger et 2 en France. Ils pratiquent un islam assez ouvert et « laïque », refusant de mélanger politique et religion. Ils comportent une minorité chrétienne, principalement protestante, de 10.000 âmes. Organisés en « mini-républiques » et rejetant tout asservissement au pouvoir central, ils sont fiers de leur histoire préislamique –faite de résistance aux envahisseurs (Romains, Vandales, Byzantins, Arabes, Turcs) – et de leurs héros (Massinissa, Jugurtha), la plus célèbre étant la Kahina, reine des Aurès qui résista aux Arabo-musulmans. Trop souvent accusés d’être de « mauvais algériens », les Kabyles furent les plus farouches combattants de l’indépendance de l’Algérie.

http://www.afrique-du-nord.com/article.php3?id_article=827

Un Commentaire

  1. 1 17 mai 2008 à 9:17
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    Bonjour

    Albert, un Breton du terroir, un fils de paysan, né en 1934 (73 ans), nous
    raconte sa jeunesse, jusqu’à l’âge de 23 ans où il acheva son service
    militaire obligatoire en Petite Kabylie. En 1956 et 1957, cet homme bon et
    sensible participa contre son gré à la guerre dite de « pacification et de
    maintien de l’ordre », un épisode atroce qui cache bien son nom. Il est
    revenu dans sa belle province, la Bretagne, traumatisé par l’expérience
    vécue en Algérie, comme la plupart de ses camarades de régiment.

    Il témoigne, il nous dit ce qu’il a vécu : la dure vie dans le bled, les
    marches forcées sur les djebels, les ratissages du terrain, les contrôles
    des villages : Béni-Ourtilane, El-Maïn, Bouhamza, Freha, Djahnit, Ouled Sidi
    Idir, les combats, les traquenards et les atrocités perpétrées par l’un et
    l’autre camp. Mais aussi, cet homme pacifique, soumis
    aux ordres de ses supérieurs et contraint d’obéir, réprouvait dès le départ
    une guerre qu’il jugeait perdue d’avance - on ne lutte pas contre un peuple
    qui combat pour la liberté et aspire se libérer du joug de la
    colonisation -, et il ne cache pas sa sympathie pour les population kabyles
    victimes de la guerre. A ces « pauvres parmi les pauvres », les soldats
    français, qui avaient souvent faim et soif, prenaient encore leurs maigres
    réserves de nourriture, et augmentaient leur dénuement.

    Pendant qu’il « crapahutait » dans les djebels, et qu’il assistait, contre
    son gré, à des scènes pénibles, Albert fit la promesse de témoigner.

    Quarante huit années après son retour en France, il témoigne, mais, en son
    âme et conscience, il ressent toujours le poids énorme de la barbarie.
    Combien de jeunes du contingent, victimes de la guerre d’Algérie, ont osé
    témoigner ? Presque pas ! Le mal reste tapi au fond de leurs mémoires, plus
    insidieux qu’un serpent. Certains se sont suicidés, la plupart se sont tus,
    renfermant à tout jamais leurs terribles souvenirs ; ils en souffriront
    jusqu’à la mort.

    A partir du récit d’Albert, j’ai écrit un livre de témoignages Il s’intitule
    : « La Jeunesse d’Albert ».

    Ceux qui ont vu le film « Ennemi intime », apprécieront.

    Ce livre vient d’être édité chez LIV’EDITIONS, au Faouët. (56320) BP 15.

    Site du livre :

    http://60gp.ovh.net/~livediti/index.php?b=livre_fiche&id=247&PHPSESSID=7ce816ce120bdae70eb81102f5d7a6a6

    Cordialement

    Marcel Gozzi

    http://www.amazon.fr/gp/search/171-9485720-0715458?search-alias=stripbooks&field-author=Gozzi%2C%20Marcel
    http://www.amazon.fr/Souvenirs-Chien-Chien-Goz-Marzic/dp/2748171640/sr=11-1/qid=1167743870/ref=sr_11_1/402-6458333-9224944

    http://www.manuscrit.com/catalogue/textes/fiche_texte.asp?idOuvrage=7579

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